Inclusion sociale

Au Dispositif Espoir, les femmes victimes de violence apprennent à se reconstruire

Au Dispositif Espoir, les femmes victimes de violence apprennent à se reconstruire

07 Décembre 2021
C'est un refuge pour les victimes de violences conjugales, les mères isolées, toutes les femmes seules et en difficulté. Le centre d'hébergement Espoir de Forbach abrite jusqu'à 38 personnes. Une équipe de dix travailleurs sociaux les accompagne dans leur reconstruction.

Rue Nationale, sa façade discrète se fond dans le décor. Au 2D, sur la porte d'entrée du centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) Espoir , un écriteau indique sobrement l'endroit. La vitre est opaque, un badge est nécessaire pour franchir le seuil. Ouvert en 1980, le lieu est un refuge pour toutes les femmes seules et en difficulté, victimes de violences conjugales ou familiales, les mères isolées.

Depuis sa création, l'endroit ne désemplit pas. Géré par le CMSEA , l'établissement peut accueillir jusqu'à 38 personnes sur place, toute l'année : « Des mises à l'abri d'urgence ou des admissions programmées », indique Fabiola Fiorica, travailleuse sociale au sein de la structure. Vingt-neuf logements, type appartement, sont aussi disponibles un peu partout en ville.

« Se fixer des objectifs »

Louisa, 48 ans, est arrivée ici en août dernier, à la suite de violences conjugales à répétition. « Mon mari est malade », souffle la quadragénaire. En 2018, elle avait quitté l'Algérie pour le rejoindre en France, à Forbach. Rapidement, sa vie a viré au cauchemar. Elle décrit des violences psychologiques, physiques, « des journées entières enfermée dans la chambre à coucher, il ne me laissait pas sortir ». Interdiction de quitter seule l'appartement ou de parler à des inconnus. Interdiction de prendre des cours de français pour s'intégrer. L'emprise est totale. Louisa ne travaille pas, n'a aucune ressource. « J'étais coincée, c'était une horreur au quotidien. »   En août dernier, après des années de souffrances, elle prend son courage à deux mains, épaulée par sa soeur. « C'était trop, je devais sauver ma peau » Le soir même, Louisa se réfugie au CHRS : « Un soulagement ». Depuis, aidée par les travailleurs sociaux, elle tente de reprendre confiance. Comme chaque femme ici, elle a établi un projet individuel. « On leur demande de se fixer des objectifs, comme trouver un logement, un emploi, entamer une formation », explique Fabiola Fiorica. Pour Louisa, la priorité est de trouver un logement « pour me reconstruire loin de lui ».
 
  Au foyer Espoir, les femmes partagent certaines activités et sorties toute l'année, mais gardent une certaine autonomie et des espaces personnels. Un règlement intérieur leur donne un cadre. En semaine, par exemple, les sorties sont interdites après 22 h. « On se sent écouté et soutenu, c'est un peu comme une famille », lance Léa. « Grâce à l'équipe, on reprend confiance en soi petit à petit. Marche après marche, on monte les escaliers pour s'en sortir », sourit-elle.



À 48 ans, Louisa a décidé de fuir son mari violent après des années d'emprise psychologique.
Photo RL /Gaëlle KRAHENBUHL



 

42 % des femmes en rupture de couple avec violence

En 2020, 42 % des personnes accueillies au CHRS Espoir de Forbach étaient des femmes en rupture de couple avec violence, 14 % en rupture familiale avec violence, 14 % en errance et 8 % expulsées de leur logement. La structure possède 67 places, dont 38 sur place, et 29 en appartement, hors de l'établissement.
 
 
« On reprend confiance petit à petit »


Généralement, les femmes restent quelques mois au sein de la structure, « le temps de reprendre confiance en elles ». Au bout de six mois, elles prolongent ou non leur présence, selon l'avancement de leur projet.

Léa, 21 ans, est la plus jeune des résidentes. Elle est ici pour reconsolider sa parentalité.  
Photo RL /Gaëlle KRAHENBUHL

À 21 ans, Léa est la plus jeune résidente. Maman d'une petite fille, elle éprouvait des difficultés dans son rôle de mère. « Je suis là pour reconsolider ma parentalité », explique la jeune femme. Arrivée en mai dernier, elle est encadrée par des éducateurs, qui l'accompagnent au quotidien. « Mon objectif est de pouvoir bien m'occuper de ma fille. Ici, je grandis. »

Article et photos parus dans le Républicain Lorrain du 06/12/2021

 

«Se réinsérer, retrouver une autonomie perdue »

Le CHRS Espoir est géré par le Comité mosellan de sauvegarde de l‘enfance, de l'adolescence et des adultes (CMSEA), qui possède également un accueil parental et une pension de famille à Forbach. Le foyer accueille exclusivement des femmes majeures, sauf exception. Il est ouvert 7 J/7, 24 h/24. La structure possède 67 places, dont 38 en hébergement collectif et 29 hors des murs, en appartement sur le secteur de Forbach.

« Généralement, elles restent six mois minimum », explique Fabiola Fiorica, travailleuse sociale. « On élabore avec elles un projet individuel pour se réinsérer socialement. Souvent, elles sont coupées de tout et ont besoin d'aide pour les démarches administratives, par exemple. » Les femmes sont dirigées ici notamment par le 115 ou le dispositif d'aide à l'enfance.

 

Une libéralisation de la parole

La mission de la structure est de proposer un accompagnement complet pour « se réinsérer, retrouver une autonomie perdue », poursuit la professionnelle. Comme elle, une dizaine de travailleurs sociaux composent l'équipe sur place. Un psychologue est aussi présent. « Aujourd'hui, les femmes hésitent moins à pousser la porte », relève Fabiola Fiorica. « La libéralisation de la parole ces dernières années aide beaucoup. » Actuellement, 25 femmes ont trouvé refuge dans l'établissement.

Foyer Espoir, 2 rue Nationale à Forbach. Tél. 03 87 87 77 39

Fabiola Fiorica est travailleuse sociale au sein du CHRS Espoir. Toute l'année, elle accompagne les victimes qui franchissent la porte de l'établissement.   Photo RL /Gaëlle KRAHENBUHL


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