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Bernard Blanchard, pédopsychiatre au CHS Jury et administrateur du CMSEA, évoque de nouveaux troubles psychiatriques chez les adolescents. Il en dresse l'inventaire dans Le Républicain Lorrain

Bernard Blanchard, pédopsychiatre au CHS Jury et administrateur du CMSEA, évoque de nouveaux troubles psychiatriques chez les adolescents. Il en dresse l'inventaire dans Le Républicain Lorrain

18 Février 2019

Bernard Blanchard, pédopsychiatre à l'hôpital de Jury, rappelle qu'il a fait son service militaire au Cameroun en qualité de pédopsychiatre. « J'ai abordé ce qu'on appelle l'ethnopsychiatrie. » Il analyse donc l'impact des groupes sociaux sur les pathologies déclarées par l'individu. « J'ai toujours été sensibilisé au rôle de la société sur les symptômes psychologiques et psychiatriques. » Explications.

Narcissisme

« Il y a eu la génération 68, avec des troubles névrotiques, à savoir la révolte des jeunes contre l'autorité parentale et la hiérarchisation de la famille. Depuis, les problématiques névrotiques ont glissé vers plus de narcissisme. La génération est en conflit avec sa propre image, les souffrances sont liées à la reconnaissance, à l'estime de soi. »

Individualisme

« Chez les jeunes, Internet a renforcé cette tendance à l'individualisme. Un instrument qui permet l'illusion du tout de suite, d'un sentiment de surpuissance. Donc, on ne supporte plus la frustration. Dans la toute-puissance, on est dans la destruction de l'autre. Phénomène qu'on voit évoluer à grande échelle, car les jeunes sont des éponges qui renvoient à ce qui ne va pas dans la société. Si le tout, tout de suite ne fonctionne pas, on glisse vers une addiction. »

Pornographie

« Addiction au sexe. On commence à en voir à partir de 8, 9,10 ans. Des enfants qui ont vu des films pornos. On peut craindre une représentation de l'autre, homme ou femme, qui ne correspond pas à la réalité de la plupart d'entre nous, et qu'il y ait des débordements dans leur pratique sexuelle. »

Alimentation

« C'est la plus grande addiction chez les adolescents. Elle a beaucoup augmenté ces cinq dernières années. Ne plus manger ou trop manger. L'orthorexie s'est développée. Ces pratiques alimentaires qui supposent un contrôle obsessionnel de tout ce qu'on mange, bio, sans pesticide, végétarien, végétalien… Il y a un caractère obsessionnel, de jour comme de nuit, qui porte à conséquence sur la vie affective, professionnelle. Des régimes carencés qui peuvent mettre en danger. »

Transsexualité

« Avant, je l'avais étudiée, mais je n'en avais jamais vu. Depuis trois ou quatre ans, les jeunes viennent pour obtenir un certificat médical de psychiatre pour se rendre vers des services spécialisés. »

Décrochage scolaire

« La première raison est le harcèlement ou la maltraitance, aggravée ou amplifiée par les réseaux sociaux. Toute personne un peu différente peut être la cible de groupes.

La deuxième raison est la phobie scolaire, de plus en plus fréquente. Elle est liée à l'angoisse de la séparation qui se télescope avec la surprotection parentale. »

Maltraitances

« Je suis effaré de voir le nombre de jeunes qui ont subi de la maltraitance. Ce qui nécessite un suivi sur plusieurs années.

Il y a aussi toute une catégorie de jeunes placés en institution, carencés, parce qu'on n'aura pas répondu aux besoins affectifs et matériels, qui montrent des troubles du comportement. Ils relèvent d'une prise en charge éducative ou psychiatrique, voire les deux. »

Bernard Blanchard : « Avec la révolution numérique, nous ne sommes pas au bout de nos surprises ». 

Article du Républicain Lorrain pari le lundi 18 février 2019
Photo : Anthony PICORÉ
Propos recueillis par Anne RIMLINGER
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