Handicap

Le DAME "La Horgne" à l'honneur dans Hospimedia

Le DAME "La Horgne" à l'honneur dans Hospimedia

26 Octobre 2021

Les Instituts Médico-Éducatifs préparent leur passage en Dispositif


Prévu par la loi pour une école de la confiance, le décret permettant d'organiser les ESMS du secteur enfance en dispositif n'est pas encore paru. Mais ce fonctionnement se dessine comme la principale piste de transformation des IME.


En raison de la crise Covid, il ne s'est passé deux mais trois ans depuis les dernières journées nationales de formation des IME, IEM et EEAP* qui se sont tenues cette année à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) du 4 ou 6 octobre. Le travail sur les parcours et les coopérations qui faisait encore figure d'exception il y a trois ans est aujourd'hui largement développé avec la multiplication des dispositifs, l'externalisation des unités d'enseignement et autres équipes mobiles d'appui médico-social (Emas, voir notre reportage).

Si les deux derniers outils sont bien cadrés législativement, le décret sur la coopération censé préciser les conditions de déploiement du travail des établissements et services médico-sociaux (ESMS) du secteur enfance en dispositif n'est toujours pas paru ; la première version avait été retoquée en juin par le Conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH, lire notre article). Sans attendre ce sésame législatif, de plus en plus de structures s'organisent de leur propre initiative ou sur suggestion des ARS.
 
L'occasion d'une transformation radicale
C'est à la demande de l'ARS Grand-Est que le comité mosellan pour la sauvegarde de l'enfance, de l'adolescence et des adultes (CMSEA) a transformé son institut médico-professionnel (IMPro), son service d'éducation et de soins spécialisés à domicile (Sessad) et son service d'accueil familial thérapeutique (Safte) situés à Montigny-les-Metz et Morhange (Moselle) en dispositif d'accompagnement médico-éducatif (Dame). "Ce qui nous a été présenté au départ comme une expérimentation s'est finalement transformé en juin 2019 en agrément sur 15 ans et avenant au contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens (Cpom) avec un unique numéro de fichier national des établissements sanitaires et sociaux (Finess)", explique Stéphane Rognon, directeur du Dame. Les objectifs affichés dans le Cpom sont d'accompagner plus en inclusion, d'éviter les ruptures de parcours, de diminuer les amendements Creton et de réduire de 30% les places d'IME au profit de places de Sessad, le tout à moyens constants.

Un travail en dispositif modifie profondément les pratiques et doit être préparé. Le CMSEA s'est fait aider d'un prestataire extérieur et a impliqué l'ensemble des équipes concernées en particulier lors d'un séminaire hors les murs. "Nous y avons travaillé deux scénarios à deux ans sur un fonctionnement en Dame qui échoue et la succession d'actions qui ont mené à cet échec et inversement un scénario de réussite. Aujourd'hui c'est plutôt ce dernier scénario qui se réalise", analyse Stéphane Rognon. Les établissements de la Horgne sont passés d'un suivi de 92 jeunes de 14 à 21 ans à 125 avec une file active de 140.

L'IMPro qui était jusque-là très peu ouvert sur l'extérieur a externalisé une classe en collège et une autre en lycée professionnel, trois ateliers techniques en établissements et service d'aide par le travail (Esat), dont deux n'appartenant pas à l'association, et un quatrième en entreprise. Des jeunes auparavant scolarisés en interne ont rejoint une unité localisée d'inclusion scolaire (Ulis). L'internat, ouvert 365 jours par an, pratique désormais l'accueil séquentiel en fonction des besoins de chaque enfant et les demandes d'accueil de nuit ont diminué, ce qui permet d'offrir désormais des chambres individuelles.

L'association loue un appartement en ville où les jeunes peuvent être hébergés de façon autonome, des accords ont également été trouvés avec des pensions de famille. Enfin 19 conventions ont été signées avec des professionnels et des centres de santé ainsi qu'un hôpital psychiatrique.
 
Des problématiques RH à ne pas négliger
Pour préparer cette transformation, il a fallu revoir le fonctionnement et les métiers, passer d'un management pyramidal à un management de projet. L'établissement a bénéficié d'une pyramide des âges favorable qui a permis quelques remplacements opportuns mais la majorité des professionnels étaient déjà présents avant. Onze éducateurs sont devenus coordinateurs de parcours et suivent chacun douze jeunes prestations hors les murs.
En amont, de juillet à décembre, quatre référents inclusion respectivement en scolarité, inclusion professionnelle (deux éducateurs), santé (une infirmière) et logement (une assistante sociale) ont littéralement vendu les capacités d'inclusion des jeunes accompagnés au milieu "ordinaire". "Je leur ai demandé d'avoir une démarche commerciale pour mailler le territoire et nouer des partenariats, même sur des besoins qui n'étaient pas forcément ceux des jeunes accompagnés à l'instant T", précise Stéphane Rognon.

Les éducateurs référents inclusion continuent leur mission de développeur de réseau tout en rejoignant l'équipe des coordonnateurs. Du point de vue de ressources humaines (RH), une telle révolution n'est pas simple.
Si les coordonnateurs apprécient cette forme d'accompagnement dans laquelle ils se sont volontairement engagés, certains chefs de service ont pu se sentir dépossédés puisque les coordonnateurs dépendent directement de la directrice adjointe. Quant aux éducateurs restés dans des fonctions plus traditionnelles, ils ont parfois eu l'impression de devenir de simples exécutants. La Horgne a enregistré quelques démissions dans les équipes de nuit.
 
Des rapprochements de gestionnaires
Dans le Finistère, ce sont trois associations gestionnaires qui ont décidé d'unir leurs forces au sein d'un Dame, Une convention tripartite d'expérimentation entre APF France handicap, Vyv 3 Bretagne et la fondation Ildys a été validée par l'ARS Bretagne en avril dernier. "Nous partagions les même valeurs, notamment sur l'autodétermination des jeunes et nous avions des compétences complémentaires", explique Anne-Laure Le Gall, directrice du Sessad APF France handicap. Aujourd'hui nous sommes dans une phase de démarrage, notre gouvernance et la répartition financière ne sont pas encore calées."

Les opérateurs ont négocié un volet formation conséquent auprès de l'ARS et une première promotion de coordonnateurs de parcours sera formée en janvier par l'université de Bretagne occidentale. En attendant la généralisation, quelques enfants aux problématiques particulières ont d'ores et déjà pu bénéficier de services mutualités.
 
* Instituts médico-éducatifs (IME), instituts d'éducation motrice (IEM) et instituts pour enfants et adolescents polyhandicapés (IEAP). Ces journées sont organisées par l'Association nationale des centres régionaux d'études, d'actions et d'informations en faveur des personnes en situation de vulnérabilité (Ancreai) et les Creai de Bretagne et Pays de la Loire.


Article d'Hospimedia paru le 06 octobre 2021
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